Introduction

L’intensification de l’agriculture a entrainé l’épuisement des ressources naturelles  et la consommation de masse génère de plus en plus de déchets qu’il faut éliminer.L’utilisation de produits chimiques pour la production de masse entraîne des impacts environnementaux et sanitaires importants. Les sols sont épuisés, les nappes phréatiques polluées, les populations intoxiquées par les pesticides. Suite à ces problèmes, les producteurs se doit d’adopter de nouvelle technique de production qui se veut respectueuse de l’environnement et de la santé humaine. Ainsi a vu le jour une nouvelle forme agriculture appelée : agriculture biologique.Dans la vision de la préservation de l’environnementet d’assurer des revenus décents aux paysans des pays en voie développement (PED) par des relations de solidarité directe avec les consommateurs du nord, un nouveau type  de commerce s’est développé : le commerce équitable.A travers notre développement nous essayerons d’expliquer ces deux concepts , tout en faisant sortir la relation qui les lie.    


 

 

1- L’agriculture biologique

1-1Définition

L’agriculture biologique est un système de production agricole spécifique qui exclut l’usage d’engrais et pesticides de synthèse, et des organismes génétiquement modifiés. C’est donc une agriculture qui se veut respectueuse du sol et des cycles naturels.

La lutte contre les mauvaises herbes, les parasites et les maladies est par conséquent essentiellement préventive.L’agriculture biologique repose sur l’amélioration de la structure et de la fertilité du sol, sur un choix équilibré de culture et sur la mise en œuvre de système de rotation des cultures diversifiées. Elle conjugue tradition et respect de la nature avec des connaissances scientifiques.

1-2 Principes de l’agriculture biologique

L’agriculture biologique se fonde sur un certain nombre de principes et de pratiques pour réduire au minimum notre impact sur l’environnement, en travaillant la terre de manière aussi naturelle que possible. Ainsi L’IFOAM, (International Federation of Organic Agriculture Movements) qui fédère la plupartdes mouvements d’agriculture biologique dans le monde, a cependant défini quatre(04) principes surlesquels doit se fonder l’AB quelque soit le cahier des charges concerné :

-          santé : l’AB doit soutenir et améliorer la santé des sols, des plantes, des animaux et deshommes de la planète considérée comme étant une entité indivisible

-          écologie : l’AB doit être fondée sur les cycles et les systèmes écologiques vivants,s’accorder avec eux, les imiter et les aider à se maintenir

-          équité : elle doit se construire sur des relations qui assurent l’équité par rapport àl’environnement commun

-          principe de précaution : elle doit être conduite de manière prudente et responsableafin de protéger le bien être des générations futures et l’environnement

 1-3 La certification en agriculture biologique

C’est le moyen d’apporter au client la garantie que la réglementation et/ou le cahier des charges sont bien respectés dans le processus de production/transformation. La certification est le plus souvent assurée par une “tiers partie”, c’est à dire à un organisme indépendant, accrédité par l’autorité ayant établi le règlement ou par le propriétaire du cahier des charges. Cet organisme va contrôler, par tous les moyens appropriés, que toutes les étapes de la production, transformation et de distribution sont conformes au référentiel pour lequel il a été mandaté.

En pratique le fournisseur doit appliquer la réglementation en vigueur dans les différents marchés vers lesquels il compte exporter, ce qui peut entraîner une multiplication des certifications et donc des coûts.

 

1-4 La distribution et marché des produits biologiques

La distribution des produits biologiques s’est historiquement développée au sein de réseauxspécialisés (BIOCOOP en France ou Reformhaus en Allemagne par exemple) qui souventdistribuaient également les produits diététiques.Mais depuis quelques années la Grande Distribution s’est fortement investie sur ce segmentpour profiter de son développement. Elle est cependant très diversement représentée selon lespays 70 à 80% UK, Suisse, Scandinavie, 65% Belgique Autriche, 37% en France etseulement 25% en Allemagne où les réseaux spécialisés sont très bien implantés.

            La Grande Distribution joue un rôle important dans le développement du marché des produitsbiologiques pour 3 raisons :

-          elle met les produits biologiques à disposition d’un grand nombre de consommateurs, etnotamment de ceux qui n’auraient pas fait la démarche de s’approvisionner dans descircuits spécialisés

-          elle a un pouvoir de communication très important

-          elle accélère la diffusion du bio par le développement rapide des produits biologiques à marquedistributeur mais également par leur présence de plus en plus fréquente dans lesmagasins discount.

Les produits les plus vendus en Bio sur le marché européen sont les produits laitiers (prèsd’1/3 de la valeur totale du marché des produits bio) et les aliments pour bébé (5% desaliments pour bébé vendus en Europe sont bio). Mais le marché se développe pour tous lesproduits, y compris les produits non alimentaires (textile, cosmétiques).

Le marché des produits biologiques est caractérisé par trois données principales:

-          il est essentiellement concentré dans les pays à fort pouvoir d’achats,

-          il représente une faible part des achats de produits alimentaires : 1 à 3% selon lespays,

-          il connaît depuis une décennie une croissance à 2 chiffres dans tous ces pays (20 à30% pour les USA et l’UE)

Les principaux marchés sont les Etats Unis et l’UE avec plus de 15Md USD chacun. Le marché Allemand représente à lui seul le quart du marché européen (4Md € en 2005).

 

1-5 La consommation

Cela permet d’aborder la question des motivationsdes consommateurs bios. Lesconsommateurs « historiques » des années 70-80 consommaient des produits bios par« philosophie de vie ».Les crises alimentaires des années 90 (dioxine dans les œufs et produits laitiers, vache folle)on fait prendre conscience à un grand nombre de consommateurs de certaines dérives del’agro-industrie mais aussi du fait que la santé se gérait aussi dans l’assiette. Nombre d’entreeux ce sont alors progressivement tournés vers les produits bios dans le but de préserver leur santé, qui est aujourd’hui la principale motivation d’achat et de consommation des produitsbio.

On pourrait assister dans les prochaines années à une troisième vague de nouveaux consommateurs, qui auraient comme motivation supplémentaire lapréservation del’environnementqui devient un thème majeur du marketing.

Le différentiel de prix qui demeure entre les produits bio et les produits conventionnels (enmoyenne de 20 à 40%) reste néanmoins aujourd’hui un frein au développement du marchémême si l’alimentation ne pèse plus qu’une part modeste (15-18%) dans les dépenses desménages européens.

Aussi les produits bio sont avant tout achetés par les ménages aux revenus aisés, de tailleréduite et souvent relativement âgés (la cinquantaine). Une tendance nouvelle se dégagecependant chez les jeunes parents, qui sont de plus en plus nombreux à acheter des produitsbios pour la consommation de leurs enfants.

 

2- Commerce équitable

2-1 Définition

Le commerce équitable est un partenariat commercial, technique et social fondé sur le dialogue, la transparence et le respect dont l’objectif est de parvenir à une plus grande équité dans le commerce mondial. Il contribue au développement durable en offrant de meilleures conditions commerciales et en garantissant les droits des producteurs et des travailleurs marginalisés, tout particulièrement au Sud de la planète (FINE).

Ses activités ont commencé dans les années 50 d’abord aux Etats Unis et en Angleterre, puis dans le reste de l’Europe. A leur début, elles n’étaient réalisées que par des associations militantes de solidarité avec les pays pauvres du Sud. Ce n’est qu’à partir des années 90 et surtout depuis ces cinq dernières années que le commerce équitable suscite fortement l’intérêt des consommateurs, des entreprises et des gouvernements. Le publique accueille en général avec sympathie ces initiatives qui contribuent au développement durable. Les entreprises, notamment celles de grandes distributions, prennent conscience du fait que le marché du commerce équitable est devenu l’un des plus dynamiques dans les échanges internationaux

L’objectif du commerce équitable est de favoriser le développement économique etsocial en rééquilibrant les relations entre les acteurs d’échanges commerciaux dont lespoids économiques, et par conséquent les pouvoirs de négociation sont trèsdéséquilibrés.

 

2-2 Principes du commerce équitable

Au-delà de la définition proposée par FINE (FLO, IFAT, NEW, EFTA), la plupart des acteurs se reconnaissent sur un ensemble de principes à respecter :

-          Dans une approche solidaire du commerce équitable, travailler d’abord avec les producteurs parmi les plus défavorisés,

 

-          Refuser systématiquement une quelconque forme d’esclavage ou de travail forcé, y compris l’exploitation des enfants, soit des conditions de travail correspondant au moins aux réglementations existantes ainsi qu’aux normes minimales définies par l’OrganisationInternationale du Travail,

 

-          Des relations commerciales à long terme et si possible directes, dans un esprit de partenariatqui incluent dans la plupart des cas, un accompagnement des producteurs,

 

-          Contractualiser entre les différents partenaires des garanties portant sur : le prix du produit(juste rémunération des acteurs économiques prenant en compte leurs besoins et ceux de leursfamilles, notamment en termes de formation, de santé, de protection sociale et permettant unsurplus pour le développement social), la qualité des produits, le préfinancement et lagaranti des commandes,

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-          Une production et une activité respectant l’environnement,

 

-          Assurer la transparence dans le fonctionnement des différents partenaires et auprès du public,transparence qui passe par une information réciproque à chaque étape sur les conditions detravail, les salaires, la durée des relations, les processus de production et de distribution, lesprix, les marges…,

 

-          Accepter le contrôle sur le respect de ces principes, à chaque étape du processus,

 

-          Une information permanente des consommateurs et leur sensibilisation afin d’encourager uncomportement responsable.A partir de là, il faut bien souligner le caractère multidimensionnel du commerce équitable :

 

-          Une dimension commerciale favorisant relation équilibrée au bénéfice des producteurs ettravailleurs désavantagés des pays du Sud,

 

-          Une dimension liée au développement à travers le renforcement des organisations deproducteurs et de travailleurs du Sud sur les plans financier, technique et opérationnel,

 

-          Une dimension éducative, par l’information et la sensibilisation des citoyens des pays du Nordet des partenaires du Sud,

 

-          Une dimension politique, par un engagement pour plus de justice dans les règles du commerceconventionnel international.

 

 

 

 

 

 

 

2-3 Les principaux acteurs du commerce équitable

Ø  Les ONG (Organisation Non Gouvernementale)

            Les ONG ont compris que le commerce équitable pouvait répondre aux quatre grands enjeuxplanétaires pour lesquels elles s’investissent souvent :

-          Protection et conservation des écosystèmes

-          Justice sociale

-          Responsabilité économique

-          L’éradication de la pauvreté.

Elles sont aujourd’hui très présentes dans de nombreux programmes de commerce équitable.

 

Ø  Les entreprises

Le commerce équitable est un acte de commerce. Et cet acte de commerce ne peut pas être leseul fait des ONG mais doit prendre en compte l’engagement des entreprises.Aujourd’hui de nouvelles organisationsqui placent les acteurs économiques au cœur de ladémarche, ont une action différente qui s’inscrit dans une logique de développementéconomique durable. Elles accompagnent des entreprises profondément responsabilisées,dans la mise en place d’actions et d’engagements qui sous-tendent la démarche du commerce équitable.

 

Ø  Les associations possédant un cahier des charges, une marque, ou un « label »

L’absence de réglementation nationale ou internationale fait qu’à ce jour ce sont le plussouvent des associations qui gèrent l’attribution des marques de reconnaissance du commerceéquitable. Elles rédigent leurs propres cahiers des charges, définissent les procédures decontrôle, attribuent une marque, parfois qualifiée de « label », dont elles gèrent lacommunication.

La diversité et la multiplicité des approches font qu’il est urgent que les pouvoirs publicss’emparent de se dossier afin de garantir au consommateur les critères retenus sous le vocable« commerce équitable »

Il existe peu de chiffres globaux récents sur le commerce équitable.Selon le rapport Fair Trade (99), le volume des produits faisant l’objet du commerce équitables’élevait à peine à 0,1% du commerce européen avec le Tiers Monde.En 2002, d’après FLO, 60 000 tonnes de produits alimentaires « labellisés » ont étécommercialisés soit une augmentation de plus de 21% par rapport à l’année précédente. EnFrance 2240 tonnes ont été commercialisées en 2002.Les produits alimentaires représentent +/- 60% du chiffre d’affaires du commerce équitable.

 

2-4  Lesorganisations du commerce équitable

Les organisations internationales sont  largement concernées par le commerce équitable qui vise à introduire en leur sein le souci d’équité et de justice dans le commerce international. Auprès de l’OMC, de la CNUCED, de l’OMT, de l’UNESCO notamment, mais aussi auprès des entités économiques et politiques internationales subrégionales telles que l’UnionEuropéenne, les acteursde commerce équitable imposent de nouveaux débats tout comme d’autres acteurs de l’altermondialisme  dans le cadre duquel ils s’inscrivent.

Les organisations de commerce équitable sont regroupées dans des fédérations nationales et internationales, qui ont des fonctions de coordination et de promotion du mouvement.Au niveau international existent différentes fédérations ; leur diversité est à l’image de la diversité des acteurs du commerce équitable :

-          l’association FLO (Fairtrade Labelling Organizations) rassemble depuis 1997 les organismes de labellisation du commerce équitable ainsi que les réseaux de producteurs certifiés. La certification FLO porte sur les produits et non sur les entreprises.

 

-          WFTO (World Fair Trade Organization), anciennement IFAT (International Federation for Alternative Trade – ou International Fair Trade Association), qui existe depuis 1989, est généraliste. Elle a lancé en 2004 l’accréditation FTO (Fair Trade Organization), qui a pour caractéristique essentielle de certifier lecommerce équitable non pas des produits mais des organisations.

 

-          le réseau NEWS (Network of European Worldshops) rassemble depuis 1994 les différents réseaux nationaux de magasins spécialisés.

 

-          l’EFTA (European Fair Trade Association) rassemble depuis 1990 onze (11) importateurs de produits du commerce équitable européen.

Ces quatre fédérations sont regroupées en 1998 dans un réseau informel nommé FINE, pour : Fairtrade Labelling Organizations, International Federation for Alternative Trade, Network of European Worldshops et European Fair Trade Association.

En Amérique du Nord, la Fair Trade Federation  rassemble depuis 1994 plusieurs dizaines d’importateurs de produits équitables au Canada et aux États-Unis.

Les associations étudiantes sont aussi particulièrement actives dans la promotion du commerce équitable sur leurs campus respectifs et dans leurs communautés. Aux États-Unis, la grande majorité de ces groupes se sont affiliés à l’association United Students for Fair Trade. Au Canada, la plupart des associations étudiantes engagées dans la promotion du commerce équitable sont affiliées au Réseau étudiant canadien pour le commerce équitable.

 

2-5 Evolution  du commerce équitable dans le monde

Le commerce équitable représente une part très marginale du commerce international. On estime que les échanges équitables bénéficient à 1,5 millions de paysans dans le monde. Il est devenu le marché qui connaît la croissance la plus rapide au monde. L’Europe représente à elle seule près de 60 % du marché du commerce équitable mondial et a enregistré en 2005 un chiffre d’affaires de 660 millions d’euros, soit + 154 % en cinq ans réalisés dans 79 000 points de vente, dont 55 000 supermarchés. La Suisse et le Royaume-Uni sont en tête avec des parts de marché significatives : 47 % du marché des bananes en Suisse, 5,5 % du marché du Café au Royaume-Uni. Les magasins spécialisés en commerce équitable sont au nombre de 2 800 et rassemblent 100 000 bénévoles.

Selon le sondage Pèlerin-CCFD / TNS-Sofres publié le 20 avril 2006, 42 % des Français déclarent avoir acheté des produits « équitables » au cours des douze derniers mois. La croissance du secteur pour 2003/2004 s’élèverait à 103 % (83 % pour la grande distribution et 115 % pour les autres acteurs) et à 38 % l’augmentation du nombre de références de produits. Le chiffre d’affaires global, en France, alimentaire et non alimentaire, s’élèverait à 230 millions d’euros.

À l’origine, les boutiques de commerce équitable touchaient essentiellement à l’artisanat et au textile. Puis la gamme de produit s’est peu à peu diversifiée. Outre les textiles et l’artisanat, au début du XXIe siècle, de nombreux autres produits, généralement de l’alimentation, font aujourd’hui l’objet d’un commerce équitable. Le café est devenu le produit équitable le plus vendu. L’habillement, notamment de coton fait l’objet de nouvelles formes d’échange. La mise en place d’une « garantie » équitable pour le coton, par Max Havelaar, en avril 2005, a contribué à la mise en place de produits de mode issus du commerce équitable. D’autres initiatives, indépendantes de la marque, ont également vu le jour dans la mode. Parmi les pionniers de la mode équitable se trouvent les vêtements Switcher (depuis 1981), les vêtements Ideo ou encore les baskets Veja. Les engagements sociaux de ces nouvelles marques, souvent associés à des préoccupations environnementales fortes concernent la production des matières premières, leur transformation (filage, tissage) et leur assemblage. On trouve également des projets de commerce équitable dans d’autres secteurs comme les jeux et jouets Ludeki.

Des gammes de cosmétiques équitables ont également vu le jour. Souvent biologiques et associées à une démarche de respect de l’environnement, certaines d’entre elles ont fondé leur principe sur la valorisation des savoir-faire traditionnels liés aux plantes et à la pharmacopée ancestrale. C’est le cas de Forest People ou encore Guayapi qui proposent des produits directement issus de ces recettes traditionnelles (Amazonie, Sri Lanka, Madagascar, Maroc, Burkina Faso…). Les objectifs revendiqués par ces associations sont toujours de valoriser et pérenniser des savoir-faire traditionnels, de maintenir ouverts des ateliers familiaux tout en favorisant la biodiversité et en luttant contre la déforestation.

Ø  Destination des produits équitables

L’Europe est la principale destination des produits issus du commerce équitable.Ainsi, sur les 58 000 tonnes de produits alimentaires équitables qui sont exportés à travers lemonde, 22 000 le sont à destination de l’Europe. Près de 80% de la production de cafééquitable y est aussi distribuée.Par ailleursles leaders de la consommation équitable sont :

-          le marché suisse où 47% des bananes vendues sont issues du commerce équitable,

-          le marché néerlandais,

-          le marché britannique où les ventes de café équitable ont atteint près de 50 millions de livres en 2004, soit 71,7 millions d’euros,

-          le marché autrichien où, du fait d’une importante médiatisation, le café biologiqueéquitable représente 70% de ce marché.

 

 

Ø  Consommation des produits équitables

 

Déjà en 2002, la consommation de produits « labellisés » explose dans certains pays commela Suisse, atteignant 10,16 € par an et par habitant. En 2005, ce chiffre progresse encore etatteint 18 € par an et par habitant. La France, classée dans les « mauvais élèves » avec uneconsommation faible de 1,20 € par an et par habitant en 2005, rattrape peu à peu son retard. Par exemple, la consommation de café portant le logo Max Havelaar a presque doubléchaque année depuis 5 ans, passant de 495 tonnes en 2000 à 3 860 tonnes en 2004. Comme pour les produits bio la distribution des produits du commerce équitable est sorti des circuits alternatifs (Oxfam, Artisans du Monde) et bio pour investir les linéaires de la grandedistribution.On assiste à un véritable phénomène de mode dont sont se emparés les distributeurs.

 

 3- Agriculture biologique et commerce équitable

3-1 Relations entre et l’agriculture biologique etle commerce équitable

Les organisations du commerce équitable sont devenues un important canal de distribution pour les produits biologiques en Europe, en particulier en Allemagne, en Suisse et au Pays-Bas, mais aussi sur un certain nombre d’autres marchés. La préoccupation première du commerce équitable est la situation sociale et économique des agriculteurs et producteurs du Sud plutôt que l’agriculture biologique en tant qu’idéal, mais les deux mouvements ont tendance à se rejoindre, étant donné qu’ils contribuent tous deux à établir une durabilité réelle. La distribution selon les principes du commerce équitable revêt une importance particulière pour un certains nombre de groupes de produits originaires de pays en développement notamment les bananes, le café, le cacao, le miel et le thé.L’agriculture biologique et le commerce équitable sont deux approches complémentaires comme l’atteste l’évolution actuelle du marché, qui voit se multiplier, après le double étiquetage « agriculture biologique et label rouge » ou « agriculture biologique et certification de conformité », le double étiquetage « agriculture biologique et commerce équitable » L’Agriculture biologique et commerce équitable suivent donc des chemins parallèles et ont tout intérêt à entretenir des relations mutuelles pour éviter les erreurs et assurer une progression conjointe. Les produits issus de l’agriculture biologique et du commerce équitable contribuent  davantage valoriser une certaine idée de la l’agriculture biologique.

 

Ø  Contexte de l’agriculture biologique et du commerce équitable  et textes de référence

La démarche de commerce équitable doit intégrer dans son approche  environnementale le mode de production biologique,  véritable pilier du  développement durable. Il constitue en effet une alternative à l’utilisation d’intrants  chimiques de synthèse, dont l’utilisation coûteuse  est également préjudiciable à  l’environnement ainsi qu’à la santé humaine et animale.  Le référentiel BIO EQUITABLE s’appuie donc de façon non limitative aux  règlements d’agriculture biologique.

Les règlements d’agriculture biologique européens CEE en cours d’application et  leurs modifications ultérieures, les référentiels « National Organic Program » aux  USA (USDA) et JAS au Japon, ainsi que les versions  provisoires du Codex  Alimentarius (FAO/OMS) ne traitent pas explicitement et précisément de critères du  commerce équitable.  Or, pour que le commerce mondial soit durable et équitable, des clauses sociales et  environnementales précises doivent être introduites dans les modalités de production, de transformation et de transactions commerciales, ainsi que de transports et de distribution des produits ou services concernés

Dans le domaine du Commerce Equitable aucune réglementation n’est entrée  en vigueur. Le référentiel BIO EQUITABLE s’appuie donc de façon non limitative aux textes suivants:

-          La définition du Commerce Equitable donnée par FINE

-          Les trois grands principes énoncés dans l’accord AFNOR AC X50-340

-          L’article 60 de la loi n°2005-882 du 2 août 2005  en faveur des Petites et  Moyennes Entreprises

-          Son décret relatif aux conditions de la reconnaissance de la dénomination de commerce équitable, en application de la loi du 2 août 2005.

3-2  Les principes du bio équitable

Le référentiel Bio Equitable repose sur l’application des trois principes fondamentaux,  complémentaires et indissociables suivants :

-          Principe 1 : L’équilibre de la relation commerciale entre les partenaires ou co- contractants visant à un développement économique et social du petit  producteur ou du travailleur et de leur famille. Il doit permettre  d’instaurer un partenariat durable entre les différents acteurs des  filières avec pour finalité un développement profitant à l’élévation économique et sociale du petit producteur ou travailleur ;

-          Principe 2 : L’appui technique et l’accompagnement des producteurs et/ou des  organisations de producteurs engagés dans le commerce équitable par  une politique de développement fondée sur le respect des droits fondamentaux du travail et de l’environnement (maintien de la biodiversité et les équilibres naturels en complément de la réglementation sur l’agriculture biologique) ;

-          Principe 3 : La sensibilisation et l’information des consommateurs.

L’application de ces principes vise à permettre au producteur ou travailleur de : 

-          Sortir d’une économie de subsistance et d’accéder à l’éducation, à la culture,  aux soins etc.,

-          Pérenniser son activité par un engagement de l’entreprise opératrice sur des  volumes d’activité suffisants permettant un développement durable,

-          Bénéficier d’une amélioration des conditions des termes de l’échange par une  répartition plus juste du produit de la valeur ajoutée entre les producteurs et  l’ensemble des autres acteurs de la filière.

 

3-3 Certification des produits biologiques sur le marché équitable

Ø  Conditions générales et critères d’attribution de la marque BIO EQUITABLE

 Sept grands types de critères du Bio Equitable sont définis dans le présent référentiel :

-          La certification suivant l’un au moins des règlements d’Agriculture Biologique reconnus au niveau international (CEE, JAS, NOP,…),

-          La logique de développement économique et social du petit producteur ou du travailleur et de leur famille par la contractualisation des engagements entre les entreprises opératrices et les producteurs ou organisations de producteurs et/ou les représentants des acteurs intermédiaires des filières,

-          La prise en charge totale des coûts de certification biologique et de vérification commerce équitable (Bio Equitable) par les porteurs de projets (entreprises opératrices et/ou organisations de producteurs et/ou les institutions internationales) pour qu’en aucun cas ils ne soient supportés par les producteurs,

-          La politique commerciale dans une logique de développement économique durable par la fixation d’un « prix minimum garanti contractuel » au producteur ou travailleur permettant une juste rémunération pour subvenir décemment à leurs besoins et à ceux de leurs familles, et s’inscrivant dans un objectif de rentabilité économique de l’activité de production,

-          La fourniture permanente par tous moyens, y compris financiers, d’appui technique, d’aide à l’encadrement, de formation à l’agriculture biologique et durable et au cahier des charges BIO EQUITABLE, de  soutien à l’organisation, à la gestion et à l’activité de techniciens autochtones et ceci dans le respect des cultures et traditions locales,

-          Les engagements de garantie sur le respect des droits fondamentaux du travail et droits sociaux des travailleurs (repos, hygiène, sécurité, santé, liberté d’association, droit de négociation collective, élimination du travail forcé ou obligatoire, élimination de discrimination en matière d’emploi et de profession, abolition effective des pires formes du travail salarié ou illégal des enfants),

-          Le développement d’une agriculture durable qui répond aux besoins du petit producteur ou travailleur et de leur famille dans leur environnement naturel et qui ne compromet pas la capacité des générations futures à maintenir leur activité en milieu rural.

 

Ø  Processus de certification

-          L’association Bio Equitable et Ecocert analysent le  dossier de pré-enquête de l’entreprise candidate (sur les  matières premières et la transformation).

-          Si le dossier est recevable, Bio Equitable mandate Ecocert pour effectuer le contrôle sur la base du référentiel Bio Equitable.

-           Un rapport de contrôle est adressé à l’association  dans  les deux mois pour rédiger des demandes d’améliorations  éventuelles.

-           L’entreprise est ensuite contrôlée sur son activité BE  (gestion des flux, traçabilité, utilisation de la marque,…).  L’organisme de contrôle transmet à Bio Equitable un  rapport de contrôle.

Les dossiers sont analysés en « comité de gestion de marque ». Le comité décide de l’attribution de la marque, de son attribution sous conditions (actions correctives qui  seront contrôlées par Ecocert), ou de sa non-attribution  (possibilité d’une candidature ultérieure : la procédure est  alors reprise entièrement)

3-4 Les échanges commerciaux et les circuits de distribution

La principale destination mondiale des produits issus du commerce équitable est l’Europe. Atitre d’exemple, entre 75 et 80% de la production de café certifié équitable y est écoulée. Lesimportations mondiales de produits alimentaires du commerce équitable (café, cacao, banane,thé, miel, sucre, riz, jus de fruits) représentent plus de 58 000 tonnes, dont plus de 22 000 sontdestinées à l’Europe, constituées à 90% par le café et les bananes1.En Europe, le commerce équitable (CE) a représenté en 2003 un chiffre d’affaires de 373millions d’euros, soit environ 0,01% des échanges mondiaux.C’est le fruit de l’engagement de 3 000 organisations, qui œuvrent pour la promotion et ledéveloppement du commerce équitable dans 20 pays d’Europe.Les marchés les plus importants en volume sont aujourd’hui la Suisse (32%), le Royaume-Uni (26%) puis les Pays-Bas (9%).Le taux de notoriété du commerceéquitable s’accroît surtout depuis ces cinq dernières annéesgrâce aux efforts de promotion des organes de labellisation (membres de FLO : FairTradeLabelling Organisation). Il reste largement supérieur (>70%) dans le nord et le centre de l’Europe (Autriche et Suisse) que dansle sud (20% en Espagne et en Italie et moins encore en Grèce).Par ailleurs, nous pouvons remarquer que les enseignes les plus impliquées dans le CE enEurope ont développé leurs marques de distributeurs commerce équitable se basant sur leslabels existants, comme c’est le cas en France.Aujourd’hui, tous les hypermarchés et la très grande majorité des supermarchés françaisproposent au moins un produit issu du CE, le café. Nous pouvons aussi retrouver dans lesrayons des hypermarchés du thé, du riz, du chocolat, des épices, des jus de fruits, du sucre, desproduits cosmétiques à base de coton…

Mais depuis déjà plus de 25 ans, les magasins «Artisans du monde » par exemple, vendent ungrand nombre des produits alimentaires et non alimentaires, en particulier des produitsd’artisanat : des textiles, de la vannerie, des poteries, des bijoux, desjouets…Même si ces produits ne représentent qu’une quantité limitée en termes de volume de vente, ils prouvent que le commerce équitable peut prendre une dimension beaucoup plusimportante pour un plus grand nombre de produits et pour l’ensemble des circuits dedistribution.

 

Ø  Les producteurs

Les producteurs qui font partie du registre FLO (Fairtrade Labelling Organisation) sont situésdans les pays en développement, principalement en Amérique latine, en Asie et en Afrique.Selon la définition du FLO, les organisations de producteurs peuvent être des coopératives oudes associations, des ateliers familiaux ou des micro-entreprises, des entreprises commercialesà but social, des ONG.En 2004, 121 856 tonnes de produits furent échangés sous les conditions FLO. En 2004, cesont 433 organisations soit 1 million de producteurs qui travaillent sur 12 filières labellisées.

 En effet, beaucoup de producteurs sont encore en attente de pourvoir rentré dans le circuitéquitable. Chaque année, FLO ne peut satisfaire que 20% des demandes de certification.

 

Ø  Les importateurs

Les importateurs sont des structures commerciales ou des associations situées dans les pays duNord qui ont pour mission commerciale de revendre les produits à des détaillants ou à destransformateurs (torréfacteurs, chocolatiers…). Ils sont en général en relation directe avec uneorganisation intermédiaire dans le Sud qui suit les producteurs, assure des formations et unencadrement. En France, la Plate-Forme du Commerce Équitable (PFCE) regroupe quinzeimportateurs. Alter Eco, société anonyme créée en 1999, a pour objet l’importation et la distribution deproduits et services du Commerce Equitable. Cette société est membre de la PFCE et de l’IFAT(Fédération Internationale de commerce équitable). Aujourd’hui, Alter Eco est, en France, la première marque de produits équitablesproposée en grande distribution.

 

Ø  Les transformateurs

La transformation des produits équitables, lorsqu’elle est nécessaire, est, dans la mesure dupossible, réalisée dans le pays d’origine afin d’augmenter la valeur ajoutée locale. Cependant,pour de nombreux produits alimentaires transformés, intégrant plusieurs ingrédients, elle a lieudans les pays du Nord, c’est le cas par exemple de la torréfaction du café, de la transformationdu cacao en chocolat….

Les principaux torréfacteurs de café qui approvisionnent la grande distribution sont Lobodis,Malongo et Meo.Lobodis, transformateur « 100% équitable », travaille principalement avec les GMS (Grandes et Moyennes Surfaces) : Monoprix, Carrefour, Champion…, mais aussi avec des boutiques telles Artisans du Monde(ADM), ou en VPC, Vente Par Correspondance (Artisanat Sel). Lobodis distribue ses produits chez Carrefour, Monoprix, Champion, Leclerc…, réalisant ainsiplus de 75% du volume de ses affaires dans la grande distribution. La conquête de la grande distribution était indispensable, car le développement desproducteurs, des coopératives ne pouvait passer que par de l’achat-volume. Par exemple, en2002, Lobodis achetait 3 containers de café vert par an à la coopérative Villa Oriente enBolivie. Aujourd’hui, l’entreprise en achète 14-15 chaque année.

 

 

 

 

Ø  Les distributeurs

La France est le pays du monde qui compte le plus de mètres carré alloués à la grandedistribution. Les enseignes de la grande distribution française sont regroupées en cinq centralesd’achats communes.

La majorité des grands groupes de la distribution alimentaire, hormis les hard discounters,proposent des produits équitables. Monoprix a joué un rôle pionnier dans la promotion ducommerce équitable avec Alter Eco. Puis, Casino, Carrefour, Cora, Leclerc, Auchan… ontrejoint le mouvement.Des études des principaux distributeurs, nous retenons les points suivants :

• Casino

Le choix de la présence de produits équitables dans ses rayons s’est basé sur une stratégieconcurrentielle. Le commerce équitable fait partie d’un cerclevertueux, dans le sens où il s’inscrit dans une démarche de développement durable.

• Carrefour :

Dans les magasins Carrefour en France, nous pouvons retrouver 11 cafés (4 du fournisseur

Lobodis, 4 Meo, 2 Malongo, 1 café soluble Alter Eco) 1 miel France Miel et 3 thés, 1 thé

Malongo 2 thés Alter Eco, 3 jus de fruits Alter Eco (orange, pamplemousse, ananas), 1 rizblanc Thaï Alter Eco, 1 cacao soluble Alter Eco, 1 sucre en poudre Alter Eco. Tous cesproduits portent le label Max Havelaar. Et 2 tablettes de chocolat du fournisseur Cantalou sous le label Bio-Equitable.

 

• Cora :

Cora utilise une politique complète d’assortiment afin de donner le choix aux clients de faire le « bon geste pour les générations futures ». Comme les produits bios et « verts  » participent à la préservation de l’environnement. Il a souhaité ajouter le commerce équitable à l’éthique sociale déjà pratiquée sur ses produits à l’importation. Il entretient également une collaboration étroite avec Alter Eco qui a accéléré le référencementde ces produits. L’exemple du café en est une parfaite illustration puisque,depuis son entrée dans la grande distribution en 1998, les volumes annuels de vente en France sont passés de 60 tonnes à plus de 1 000 tonnes.

 

 

• Leclerc

Leclerc est devenu le premier distributeur de produits équitables en France.En 2004, son chiffre d’affaires sur ce segment était de 9,2 millions d’euros (+133% par rapportà 2003). Les prévisions pour 2005 sont de 15 millions d’euros. Les rayons des centres Leclerccomptent 180 produits équitables référencés en 2004 dont les épices, les produits d’hygiènebeauté en coton… mais aussi l’élargissement de gammes existantes telles que le café, lechocolat.

 

• Auchan:

Auchan assure le balisage permanent et efficace, de repérage de ses produits issus du commerce équitable, dans leur rayon respectif.

 

• Monoprix :

Cette enseigne a été pionnière sur le commerce équitable en offrant dès 1998 un café équitablesous sa marque propre. Sa part est aujourd’hui de 10% de chiffres d’affaires du rayon café.Actuellement, la gamme équitable comporte 30 produits. Elle s’intègre dans une gamme pluslarge de 400 références favorisant le développement durable.

 

• Système U :

Les magasins Système U sont plus discrets sur leur engagement mais on remarque toute fois lestêtes de gondoles de produits équitables dans certains magasins du groupe. Par ailleurs, lors dela quinzaine du commerce équitable, la promotion des produits équitables fut conséquente viades mises en avant dans les prospectus, des messages radio dans les magasins, des animationsen rayons.

 

Enfin, nous pouvons mentionner que toutes les entreprises AUCHAN, CARREFOUR,

CASINO, CORA, LECLERC, MONOPRIX, SYSTEME U sont engagées vis-à-vis desconditions de travail dans les filières d’approvisionnement des produits qu’ellescommercialisent, en tant que membres actifs de l’Initiative Clause Sociale.

L’Initiative Clause Sociale a été lancée à l’automne 1998. Celle-ci constitue l’engagement desentreprises du commerce et de la distribution dans une démarche pragmatique et progressive destinée à inciter leurs fournisseurs à respecter les principes universels des droits de l’hommeet la réglementation sociale locale dans les unités de production.

Les produits équitables sont également vendus à travers d’autres canaux de distribution telsque :

-La vente Par Correspondance (VPC), avec par exemple Artisanat Sel, Eole …

-La vente en ligne, avec des sites comme Cdiscount, Exquiro, Epicerie Equitable,

ebuyclub.com

-Les fleuristes indépendants qui distribuent des fleurs labellisées équitables

-Les boulangeries, les épiceries fines …

-La Restauration Hors Domicile (RHD) : cantines, restaurants, hôtels Mercure

 

 

 

Ø  Les consommateurs :

Depuis 1970 les grandes surfaces alimentaires ont multiplié leurs parts de marché par 5 etassurent 65,0 % des ventes de produits alimentaires.

Les lieux d’achats alimentaires sont le reflet de la structure dominante de la distribution : aucours des 15 derniers jours précédents l’enquête, 82,1 % des habitants de la région se sontrendus dans les grandes et moyennes surfaces, 43,6 % dans des commerces de détail et 38,1 %au marché.

 

 

3-5Les insuffisances du commerce équitable et approche de solution

La grande distribution, qui participe à l’essor du commerce équitable est souvent décriée.

En effet, elle peut représenter une menace pour le respect des principes fondateurs du commerce équitable.

 

Ø  La taxation des prix

Les marges arrière sont un objet de négociations commerciales, appliquées par le distributeur envers le fournisseur. En effet, le distributeur paye le fournisseur pour sa marchandise mais en complément il lui demande de participer financièrement à des coopérations commerciales. Ces coopérations commerciales ou marges arrière sont ardues et toujours renouvelées. Il s’agit d’une sorte de « taxation, constituée essentiellement de prestations fictives ou survalorisées » et passée de 10% il y a dix ans, à largement 50% du prix du produit, voire jusqu’à 60% dans des cas extrêmes début 2002.

Un rapport sénatorial a recensé plus de 500 formes de marges arrière parmi lesquelles nous pouvons citer :

- Exposition des produits en tête de gondoles,

- Compensations pour non-déréférencement,

- Îlots, avancées de caisses,

- Les stops, ces panneaux publicitaires de couleur jaune fluo placés dans les rayons,

- Espace en linéaire,

- Participation aux campagnes promotionnelles (catalogue…),

- Participation pour un événement particulier (ouverture d’un nouveau  magasin, agrandissement du parking…),

- Participation aux campagnes publicitaires…

Ces différentes prestations financières étouffent les fournisseurs qui n’ont d’autre choix que de s’y soumettre.

En effet, celle-ci avait pour but de rééquilibrer les relations entre les fournisseurs et lesdistributeurs en mettant en place un « seuil de revente à perte », c’est-à-dire le tarif à la sortied’usine en deçà duquel les distributeurs ne pouvaient pas descendre.

Les distributeurs ayant une marge avant limitée par ce seuil de revente à perte, se sont reportés vers la marge arrière. Ce qu’ils ne pouvaient pas gagner en payant des prix bas auxfournisseurs, ils le récupéraient en leur demandant différents financements pour les prestations commerciales.

Le développement des marges arrière a conduit à un engrenage inflationniste.

En effet,comme les négociations des marges arrière ont lieu chaque année, les fournisseurs (les plus importants) s’y préparaient et augmentaient donc leur prix de vente en prévision de l’augmentation des marges arrière qu’ils allaient subir. Le prix de vente final au consommateur était donc inévitablement plus élevé. Selon l’INSEE, les prix des grandes marques ont ainsi augmenté de 14% entre 2000 et 2004.

 

Ø  Les marques de distributeurs

 

L’un des principes du commerce équitable et de la consommation responsable est de rétablir le lien entre le producteur et le consommateur, afin que ce dernier connaisse l’origine, lesconditions de production, les critères qualitatifs de fabrication de son achat…

Or, depuis quelques années, par souci de réduction des coûts, les grandes surfaces développent leurs marques de distributeurs. Les marques de distributeurs ou gammes de produits «sans marque» coupent complètement le lien entre producteur et consommateur, qu’elles soient traditionnelles, «bio» ou «équitables». Le distributeur peut changer de fournisseur ou soustraitant sans que le consommateur remarque quoi que ce soit. Le fournisseur devient simple sous-traitant à façon et le distributeur omnipotent. Avec les marques de distributeurs, on ne sait plus d’où viennent les produits, on ne connaît pas le nom du producteur, la coopérative… Le lien entre producteur et consommateur est coupé.

 

Ø  Risque de récupération

Le risque de récupération est une autre menace qui pèse sur le commerce équitable. En effet, nous pouvons imaginer que pour faciliter la logistique, les centrales d’achat souhaiteraient travailler avec des grosses coopératives et laisser de côté les petits producteurs.

Ou encore, elles pourraient faire du commerce équitable avec des critères moins contraignants. Par exemple Colruyt, hard discounter belge, lance sa gamme de commerce équitable Collibri, qu’il a rebaptisé, suite à plusieurs critiques Collibri, du commerce durable. Cinq pour cent des ventes des produits de la marque Collibri iront financer des projets d’éducation et de formation dans les pays de l’hémisphère Sud. C’est un très beau projet, mais son objet n’est pas d’attribuer une rémunération juste et fixée aux producteurs.

Ces produits peuvent bénéficier de la confusion dans l’esprit des consommateurs qui croyantacheter des produits du commerce équitable, achètent des produits à vertu humanitaire.

 

Ø  La pression déjà subie par les producteurs du Nord

Les relations des paysans et de la grande distribution sont très conflictuelles. Le paysan n’a aucun pouvoir de décision, il est bloqué. La grande distribution est clairement acteur de ce circuit de la consommation suicidaire. Par exemple vous livrez 3 vaches à Leclerc, vous lui facturez 2 vaches et vous lui faites cadeau d’une sinon vous êtes déréférencés et vous n’avez plus le droit de vendre vos animaux chez Leclerc.

 

 

 

 

 

Ø  Les effets externes du développement de la grande distribution

                                                    

 

·         Effet sur l’emploi

Les fournisseurs, les petites et moyennes entreprises subissent une pression de la grande distribution (marges arrière, risque de déréférencement, prix bas…). Cette pression se répercute sur leur santé financière. Les emplois proposés par ces PME sont plus précaires et les salaires moins élevés. Les budgets de recherche et développement sont amoindris.

Enfin, il est estimé qu’un emploi créé en grande distribution équivaut à la disparition de cinq emplois dans le secteur traditionnel

 

·         Effet sur l’entreprise

La grande distribution regroupée en cinq centrales d’achat exacerbe les tendances à laconcentration des commerces. Les grands groupes ont une meilleure solidité pour faire face à la grande distribution. Grâce à leurs économies d’échelle et au rééquilibrage possible entre leurs différentes marques, ils sont plus résistants face aux exigences de la grande distribution.De plus, nous pouvons aussi mentionner la disparition massive du commerce de proximité, de détail dans les centres ville

·         Effet sur l’environnement

En France, l’agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME)estime quefaire ses achats dans un hypermarché de périphérie engendre quatre fois plus de pollution et de nuisances qu’acheter les mêmes provisions à 500 mètres de chez soi. Ce rapport se justifie par les déplacements automobiles (jusqu’à 50 km en milieu rural), le stockage de grandes quantités en réfrigérateurs, congélateurs (plus les camions frigorifiques et présentoirs réfrigérés), les suremballages, la production en serres chauffées d’articles hors saison, le transport de longue distance ou le fret aérien pour les productions de contre-saison, etc. Ce mode de consommation est donc très « énergivore »Ainsi, face aux menaces que la grande distribution fait peser sur le commerce équitable,on peut en venir à la conclusion que les produits équitables n’y ont pas leur place. C’est unsystème dont les pratiques commerciales ne correspondent pas exactement aux principes duCE. Cependant, il faut rester très vigilant car la grande distribution a un poids très important et représente des menaces qu’il faut surveiller. C’est pourquoi face à ces menaces, il existe des approches de solution que nous pouvons encourager.

 

Approches de solutions

Afin de se prémunir des menaces que peut représenter la grande distribution pour l’intégrité des fondements du commerce équitable, des contrepoids existent.

 

 

 

Ø  La diversité des circuits de distribution

 

·         Biocoop

Les Biocoop représentent un réseau de 250 magasins indépendants en France. Ce système dedistribution se situe entre l’épicerie (de par sa proximité) et la grande surface (de par ladiversité de produits présentés). Les magasins sont de taille assez réduite, de 40 à 600 mètrescarré. Les Biocoop offre une gamme de 8000 références sont 350 certifiées commerceéquitable. Aucun des produits ne portent la marque Biocoop, afin de mettre en valeur le produit, son origine et le nom du producteur. Les fournisseurs des Biocoop sont des petites structures ou des coopératives de 30 producteurs.

·         Association pour le Maintien de l’Agriculture paysanne (AMAP)

Le système des AMAP met en relation directe les consommateurs et les producteurs, pour la plupart qualifiés en agriculture biologique. Dans une AMAP, on partage les risques et les bénéfices. L’AMAP repose sur un engagement associatif.

 

Ø  Le développement d’une certification européenne

Bio Equitable est également un logo commercial garantissant le respect des principes du CEdans les relations commerciales. Il est reconnu par la DGCCRF, Direction Générale de laConcurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes, puisqu’il est attribué parEcocert, organisme accrédité par l’Etat.

           

Ø  Le renforcement des organisations de producteurs

 

Dans l’attente de la certification officielle, il est primordial d’améliorer le rôle des producteurs. Ces derniers doivent participer au développement du commerce équitable, ils en sont les principaux acteurs. Il faudrait décentraliser les lieux d’échange dans le Sud afin que les producteurs participent plus au processus commercial et au processus de certification. Cette étape pourrait se concrétiser par l’émergence de porte-paroles de producteurs.

Afin de limiter leur dépendance envers le Nord, l’accès à l’information doit leur être facilité. La production de valeur ajoutée (torréfaction, transformation, conditionnement…) dans le Sud doit être encouragée tout comme le commerce équitable Sud-Sud.

Pour que l’intégrité et le respect des règles du commerce équitable soient préservés desmenaces citées précédemment, il est essentiel que les producteurs aient du poids dans lesnégociations et participent de façon équitable à l’essor du CE.

           

Ø  Le lobbying des ONG et des associations de consommateurs

Le pouvoir des Associations est une autre approche de solution face aux menaces qui pèsent sur le commerce équitable. D’une part, les ONG font un réel travail de sensibilisation du public à la cause du commerce équitable. C’est le cas de l’ONG Oxfam avec sa campagne « Pour un commerce équitable : Rejoignez le grand vacarme». Différentes célébrités se sont engagées pour soutenir le commerce équitable. D’autre part, les associations de consommateurs peuvent prôner la transparence.

 

Ø  La responsabilité du consommateur

Le consommateur a un poids pour faire changer les pratiques des entreprises qu’ils ne considèrent pas morales. Il est aussi de sa responsabilité de se méfier du marketing à outrance et d’être vigilant sur l’ensemble de la filière de production des biens qu’il achète. La consommation et au-delà le choix du lieu d’achat, implique une réflexion générale sur le mode de vie et les valeurs de chacun.

 

4-  Analyses et suggestions

Notre analyse prendra en compte le Bénin face au commerce équitable. Dans un premier temps, nous analyserons la possibilité de commercialiser les produits béninois sur le marché équitable puis la possibilité qu’a chaque béninois d’acheter des produits sur le marché équitable.

En ce qui concerne la possibilité de commercialiser les produits béninois sur le marché équitable, considérons d’abord les principes du commerce équitable et les critères d’attribution de la marque bio équitable. De toutes cultures produites au Bénin, le coton est la première culture d’exportation pouvant être vendue sur le marché équitable. Le coton conventionnel est celui produit à grande échelle par rapport au coton biologique essentiellement produit par l’OBEPAB (Organisation Béninoise pour la  Promotion de l’Agriculture Biologique).

En considérant le coton conventionnel, les producteurs constituent le maillon le plus lésé de la filière. En effet ces derniers ne rentrent pas dans les fonds qui leur sont dus. Cela est en porte-à-faux à l’un des principes du commerce équitable.  De plus la production du coton conventionnel n’est pas une activité   respectueuse de l’environnement. En termes de qualité, le coton béninois regorge d’impureté empêchant ainsi sa commercialisation sur le marché équitable. Enfin signalons de plus de normes, la production du coton béninois ne peut actuellement pas bénéficier de certification de commercialiser sur le marché équitable en raison du non respect des itinéraires techniques et des encadrements conséquents

 

                        En ce qui concerne le coton biologique, elle ne connait pas encore un essor significatif au Bénin. Les producteurs n’ont pas le capital nécessaire pour se lancer dans cette production biologique qui nécessite un énorme investissement. Aussi faut-il signaler que ces derniers n’ont pas été formés pour cultiver le coton biologique. Le coton biologique produit par l’OBEPAB est vendu de manière à favoriser tous les maillons de la chaîne de production. Mais actuellement  l’OBEPAB ne vent pas le coton biologique sur le marché équitable. La production de ce coton au Benin n’est pas assez importante  pour être vendu sur le marché équitable. Or pour bénéficier des avantages du commerce équitable, il faut produire en quantité et en qualité pour satisfaire la consommation de masse.

Par rapport à la possibilité qu’a chaque béninois d’acheter des produits sur le marché équitable, nous pouvons dire que compte tenu de son pouvoir d’achat, ce dernier ne peut pas acheter les produits biologiques sur le marché équitable. En effet les produits biologiques coûtent trois à quatre fois plus chères que les produits conventionnels. De plus le consommateur béninois ne peut pas acheter les produits commercialisés sur le marché équitable en raison de sa cherté.  

Comme suggestion il serait souhaitable que les pays du Sud produisent suivant les normes du commerce équitable des produits tant en quantité qu’en qualité pour satisfaire la consommation de masse. En effet  dans le rapport rendu par Monsieur Antoine Herth, député du Bas-Rhin, à Monsieur Raffarin, alors Premier Ministre, le député mentionnait: « Afin que le commerce équitable ait un réel impact dans les pays du Sud, cette forme de commerce doit prendre de l’ampleur dans la consommation de masse; la vente de ces produits dans les grandes et moyennes surfaces contribue à cet objectif.»

Nous suggérons aussi une sensibilisation des entreprises agricoles et les sociétés de commercialisation des produits agricoles sur l’importance du commerce équitable et son fonctionnement et l’accès au marché équitable.

Il est nécessaire de mettre en pratique une nouvelle conception du commerce équitable, qui prenne pour point de départ les exigences du développement des producteurs, et non principalement les opportunités commerciales de créer des marchés dans lesquels ces derniers restent cantonnés à leurs rôles de fournisseurs de matière première, même mieux rémunérés. Il serait très avantageux pour les producteurs béninois que le gouvernement organise les différentes filières de production et qu’ils les aident à aller sur le marché équitable ce qui leur permettra de bénéficier réellement du fruit de leur effort.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Conclusion

Le Commerce Equitable consiste à travailler en priorité avec des groupes de petits producteurs défavorisés dans les pays du Sud, de construire avec eux des relations commerciales justes et solidaires. Cet accompagnement a deux objectifs principaux : garantir des conditions de travail et de rémunération décentes pour les travailleurs et favoriser le développement des centres de production de manière autonome et durable. Quant aux consommateurs, le Commerce Equitable leur donne l’opportunité d’effectuer un achat qualitatif, fondé et responsable et de choisir une consommation en phase avec leurs valeurs.